Dimanche 5 juillet 2009
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Qui croirait, en le voyant, qu’il était, il y a à peine plus de cent ans, un oiseau de forêt timide et très rare? Il est impossible de savoir si les
Merles noirs étaient limités à certaines régions ou s’ils peuplaient de nombreuses contrées à travers l’Europe, avant d’étendre leurs territoires aux villes. On sait seulement que
le Merle de forêt a commencé à s’implanter dans le voisinage de l’homme au XIXème siècle.
Il y a du reste, aujourd’hui encore, des populations de Merles qui restent cantonnées en forêt
et qui sont très timides. Ils partent en automne hiverner dans le bassin méditerranéen. Pour nicher en forêt il leur faut absolument des frondaisons afin de pouvoir construire leur nid bien à
l’abri, et un vaste territoire au sol inculte ou presque où ils cherchent leur nourriture. Ce sont là deux conditions qu’offrent aussi bien les jardins et les parcs aménagés par l’homme. Les
haies de buis et de troènes, les innombrables variétés de conifères permettent très bien de camoufler les nids et les surfaces d’herbe tondue, ainsi que les plates-bandes des jardins regorgent de
vers qu’il suffit de déterrer.
Il restait une dernière condition à l’implantation des Merles noirs à proximité des habitations
humaines: cet habitat ne devait pas être déjà utilisé par une espèce ayant les mêmes besoins qu’eux. Aucun problème de ce côté-là, car le Merle fut de fait le premier à s’étendre dans ces
nouveaux territoires. La Grive musicienne s’y essaie aussi aujourd’hui, mais elle a de grosses difficultés à s’établir, car le territoire est en quelque sorte déjà occupé par le Merle qui l’a
devancée.
Le Merle noir est l’espèce la plus répandue sous nos latitudes après le Moineau domestique, et son
territoire est par ailleurs plus vaste. C’est en outre pour lui un gros avantage que de pouvoir se nourrir à proximité de l’homme l’hiver, et de pouvoir se passer de migrer. Les Merles noirs
établissent leurs territoires dès février, entreprennent la construction de leur nid dès mars et sont ainsi prêts pour la première ponte. Les Merles de forêt ne pondent pas avant
mai, tandis qu’un Merle citadin peut effectuer annuellement de 4 à 5 pontes l’une après l’autre. Le nombre élevé de
naissances qui s’ensuit permet d’équilibrer amplement les pertes nombreues dans le voisinage de l’homme — qu’elles soient dues aux chats, aux Corbeaux, aux Pies bavardes ou aux chauffards
—.
Il est certain que la forte population de Merles citadins tient à l’abondance de
denrées comestibles pour eux
— détritus, fruits talés, baies d’arbustes, mangeoires .et qu’ils seraient beaucoup plus rares sans toutes ces denrées.
Or, une récente étude, réalisée en Angleterre, a montré que les espèces d’oiseaux migrants souffraient beaucoup de la concurrence des espèces sédentaires.
Il est donc à craindre que la prolifération des Merles noirs, favorisée par notre assistance alimentaire pendant l’hiver, n’entraîne une menace sérieuse pour certaines espèces
migratrices déjà rares et ayant les mêmes besoins qu’eux, comme par exemple les Rossignols, qui se voient refoulés toujours plus loin dans des régions qui ne leur conviennent pas et qui vont
finir par s’éteindre. Si i voyons dans la protection de la nature la conservation de notre environnement dans sa diversité et ses spécificités, nous ne devons pas pour autant approuver une
distribution de nourriture inconsidérée durant l’hiver. Nous entendons par inconsidérée une distribution effectuée par un hiver très doux et qui ne sert qu’à fortifier les oisillons peu aptes à
survivre sans cet appoint alimentaire. Sans doute cela va-t-il dans le sens de notre morale, qui ne veut voir aucune créature souffrir et a fortiori mourir — mais ce n’est en aucune manière une
«protection de la nature», car celle-ci passe précisément par la sélection des bien-portants au travers de la rudesse de l’hiver.
Si le Merle noir n’était pas si répandu nous lui décernerions sûrement la palme du meilleur oiseau chanteur de nos jardins, car aucune autre espèce, y compris
le Rossignol, n’a cette plénitude de sonorités mélodieuses et coulées, ni ces strophes flûtées et ferventes.
Merci de votre visite et bel été à tous !
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